
Oatman en Arizona est très touristique, on vous l’accorde… mais pourtant, il se dégage de ce village western une ambiance hyper sympathique et une authenticité qu’on ne retrouve pas partout, loin de là. Laissez-vous surprendre par les coups de feu des gunfights et laissez-vous attendrir par les adorables burros gambadant librement sur Main Street, penchez-vous quelques instants sur l’histoire haute en couleurs de cette bourgade unique en son genre. Profitez d’un bon burger et d’une petite bière (avec modération) au saloon de l’Oatman Hotel dont les murs et le plafond sont entièrement recouverts de billets de 1 $ ! Sur Sunset, on adore Oatman, c’est dit !
Comment se rendre à Oatman depuis Kingman et Las Vegas ?
Oatman est situé sur la Route 66/Oatman Hwy en Arizona, à 30 miles/50 km à l’ouest de Kingman et à 20 miles/35 km à l’est de Topock.
Où se garer ?
Il est souvent délicat si ce n’est impossible de se garer sur Main Street car Oatman est très touristique. Par ailleurs, le village est le plus souvent embouteillé… par les ânes !
- Si vous arrivez de Kingman, nous vous conseillons donc de vous garer à l’entrée nord de la ville ; le parking est payant mais remboursable sous forme de bon d’achat dans la première boutique souvenir en entrant sur Main Street.
- Si vous arrivez du sud (Topock), un autre parking est disponible à l’entrée du village.
On regrette d’ailleurs que le stationnement soit autorisé sur Main Street, les véhicules d’aujourd’hui faisant un peu tache dans le paysage historique.


Combien de temps faut-il pour visiter Oatman ?
Comptez environ 2 heures : le temps de se balader sur Main Street, de sympathiser avec les burros, d’assister à un gunfight (13h30 et 15h30) et de déjeuner à l’Oatman Hotel. Si vous arrivez par la Route 66 depuis Kingman via le Sitgreaves Pass, ajoutez 30 à 45 minutes pour vous arrêter au sommet du col et profiter des vues — ce tronçon fait partie intégrante de l’expérience.

Que voir et faire à Oatman ?
Les burros
A la fin du 19ème et au début du 20ème siècle, les prospecteurs avaient massivement utilisé des ânes pour le transport des marchandises. Ces animaux avaient été amenés en Amérique par les premiers colons espagnols, d’où leur nom, burros.
Quand les mines ont fermé et que les chercheurs d’or ont quitté la région, ils ont abandonné leurs ânes sur place, qui sont ainsi retournées à l’état sauvage. Les burros se sont reproduits et leur descendance continue aujourd’hui d’occuper la région. Ces ânes sont protégés par une loi fédérale de 1971 (et il est bien évidemment interdit de les chasser).


Les ânes sont libres, mais pas vraiment sauvages, et complètement habitués à la présence humaine. Quand vous vous trouverez sur Main Street en train de caresser ces adorables bêtes, fouillez donc le fond de vos poches et filez vite acheter de quoi les nourrir, une poignée d’herbes fraîches ou une botte de carottes ne vous coûtera que 1 $ et ravira les papilles des burros qui sauront se montrer reconnaissants sur vos photos souvenirs. Impossible de ne pas tomber fou d’amour pour les burros de Oatman !




Attention toutefois, il est interdit de nourrir les petits encore allaités par leur maman. Ils sont facilement reconnaissables car, en dehors de leur taille, ils ont une étiquette sur le front, fort peu seyante :
STOP – Do not feed me anything

Sachez enfin que les burros sont… adoptables !
Oatman Hotel
Impossible de passer à Oatman sans visiter le célébrissime et historique Durlin Hotel, du nom de son propriétaire John Durlin, ouvert en 1902. Ce bel établissement d’architecture Spanish Colonial Revival proposait 8 chambres sur deux étages et s’est rapidement révélé très prospère.
C’est à cette époque qu’a débuté la tradition du billet de 1$, daté et signé, à accrocher sur les murs. Les prospecteurs qui touchaient leur salaire venaient y boire quelques verres et collaient au mur un billet de 1 $ avec leur nom inscrit dessus. Lors de leur passage suivant, souvent sans le sous (la paye était plus rapidement dépensée que gagnée !), ils retrouvaient leur dollar et pouvaient ainsi régler leurs consommations !
Après le terrible incendie qui a ravagé Oatman en 1921, l’hôtel a pu rouvrir ses portes en 1924.
A la fin des années 1960, le Durlin est devenu le Oatman Hotel. L’établissement a été inscrit au Registre National des Monuments Historiques en 1983, restauré et transformé en musée. Si on ne peut plus y dormir, on peut toujours y boire un verre et y dîner… sans oublier bien évidemment de respecter la tradition du billet de 1 $ !
Clark Gable à Oatman : comment une légende a survécu aux faits
Le panneau à l’intérieur de l’Oatman Hotel est formel : Clark Gable et Carole Lombard y ont passé leur nuit de noce le 29 mars 1939. La chambre 15 a été aménagée en suite nuptiale. Des photos du couple ornent les murs. Des clients disent entendre des rires et des chuchotements dans la pièce vide. La légende est parfaite.
Elle est aussi, très probablement, fausse.
Clark Gable et Carole Lombard se sont bien mariés le 29 mars 1939 à Kingman, Arizona — une fuite organisée en secret, avec pour seul témoin Otto Winkler, le directeur de communication de MGM qui avait suggéré Kingman pour sa discrétion. Mais Gable était à ce moment-là en plein tournage d’Autant en Emporte le Vent et avait obtenu une unique journée de congé. Après la cérémonie à l’église méthodiste de Kingman, le couple a pris la route direction Hollywood. Il est arrivé à Bel Air vers 3h du matin — juste à temps pour une conférence de presse organisée dès le lendemain matin chez Carole, sur St. Cloud Road. Un arrêt à Oatman, à 50 km dans la direction opposée à Los Angeles, était matériellement impossible. Plusieurs historiens ont documenté et démenti la légende depuis les années 2000.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que Clark Gable aimait Oatman. Il y revenait régulièrement, seul, pour s’isoler du tumulte hollywoodien et jouer au poker avec les mineurs. La ville lui offrait ce qu’il ne trouvait pas à Los Angeles : l’anonymat, le silence du désert et des parties de cartes sans photographes. Ce lien authentique — un homme célèbre qui fuyait sa célébrité dans un saloon poussiéreux de l’Arizona — est peut-être plus beau encore que la légende de la nuit de noce. Comme l’écrit l’historien Robert Matzen : « When the legend becomes fact, print the legend. » À Oatman, la légende a été imprimée depuis longtemps.
- Adresse : 181 Main Street
- National Park Service




Gunfights
Tous les jours, les Oatman Ghost Rider Gunfighters font le show au centre de Main Street. Le spectacle est gratuit, familial et amusant. Ça crie, ça tire, et ça rigole !
Vous pourrez les voir deux fois par jour à 13h30 et à 15h30. Attention, en été, à cause des températures très élevées durant l’après-midi, le gunfight de 15h30 peut être annulé.



Restaurants et boutiques
Magasins de souvenirs, antiquités, boutique d’articles de Noël, glacier, confiserie, vêtements western… tout est fait pour attirer les badauds.







La mine
La mine ne se visite pas vraiment, les touristes ont simplement accès à un ancien tunnel. Vous pourrez passer votre chemin sans regret !




Egg frying contest
L’été 1991 avait été particulièrement caniculaire et pénible à Oatman et chacun aimait croire qu’il avait fait tellement chaud qu’on aurait pu faire cuire un œuf sur le trottoir. Il n’en fallait pas moins pour lancer le concours d’œufs frits, oui… vous avez bien lu !
Ce ne sont donc pas moins de 300 personnes qui se regroupent chaque année lors de l’Independence Day, le 4 juillet – jour de la fête nationale américaine – pour tenter cette expérience farfelue où il est bien entendu interdit aux participants d’utiliser l’électricité ou le feu. Le coup d’envoi est lancé à midi pile et les participants ont précisément 15 minutes pour cuire leur œuf.
Au départ, il s’agissait de faire cuire son œuf directement sur le trottoir, mais l’opération s’était révélée bien trop salissante. Désormais, chacun vient avec sa poêle à frire, ses moules à muffins, son rouleau de papier aluminium, sa loupe, son réflecteur photographique ou encore ses miroirs… toutes les astuces sont bonnes pour gagner, même les plus farfelues ! Un petit malin est même venu une année avec une loupe géante, du bacon et des pommes de terre !
Là où ça se corse, c’est que le trottoir est en lui-même un mauvais conducteur de chaleur et dépasse rarement les 62°C alors que l’œuf, quant à lui, frit à 70°C ! Mais vous l’aurez compris, il s’agit ici bien entendu de s’amuser tout simplement (et sans salir le trottoir).
La chaîne météo américaine avait réalisé en 2010 un reportage sur ce jour fête vraiment unique.
Great Oatman Bed Race
Si vous passez par Oatman le 3ème samedi de janvier, vous y assisterez à la célèbre (et non moins farfelue) course de lits organisée chaque année par la Chambre de Commerce.
Le Sitgreaves Pass : le tronçon le plus sauvage de la Route 66
En quittant Oatman vers Kingman, ou en y arrivant depuis Kingman, vous empruntez l’un des tronçons les plus spectaculaires — et les plus authentiques — de toute la Route 66. L’Oatman Highway grimpe dans les Black Mountains jusqu’au Sitgreaves Pass, col qui culmine à 1 080 mètres d’altitude, avant de redescendre vers Kingman par une succession de virages en épingle à cheveux, sans glissières de sécurité, sans bas-côtés, sans aucune concession à la modernité.
Le pass tire son nom du capitaine Lorenzo Sitgreaves, qui dirigea en 1851 une expédition topographique américaine depuis le Nouveau-Mexique jusqu’à Fort Yuma, avec mission de cartographier les rivières Zuni et Colorado. Ce sont les mêmes montagnes où vivaient les Mohaves qui allaient, la même année, croiser le destin de la jeune Olive Oatman.
Quand la Route 66 a été tracée en 1926, le Sitgreaves Pass est devenu l’un de ses passages les plus redoutés — surnommé dans les années 1930 « Bloody 66 » tant les accidents y étaient fréquents. Les premiers moteurs n’avaient pas assez de puissance pour affronter la pente : certains conducteurs montaient en marche arrière, la boîte en première inversée permettant à l’essence d’atteindre le carburateur par gravité. D’autres faisaient appel à des équipes de chevaux pour se faire tracter jusqu’au sommet. Des prestataires locaux proposaient même de conduire les voitures des touristes trop impressionnés pour s’y risquer seuls. En 1953, la Route 66 a été détournée par Yucca, condamnant Oatman à un abandon progressif — c’est ce détournement qui a failli transformer la ville en vraie ville fantôme.
Aujourd’hui, ce segment de 42 miles est classé Route 66 Historic Back Country Byway par le Bureau of Land Management — l’un des derniers tronçons originaux de la Mother Road, pavés et accessibles. Au sommet du col, un parking permet de s’arrêter pour admirer une vue qui embrasse simultanément l’Arizona, le Nevada et la Californie. Juste après le sommet en descendant vers Kingman, un mémorial improvisé — croix, photos, objets personnels — a été érigé par des passants au fil des années en hommage à des proches disparus. Quelques dizaines de mètres plus loin, un détour discret mène au Shaffer Fishbowl, une vasque naturelle alimentée par une source, aménagée dans les années 1930 par un ouvrier du chantier routier et aujourd’hui connue des seuls initiés.
💡 Attention si vous conduisez un grand véhicule : les camping-cars et remorques de plus de 40 pieds (12 mètres) sont déconseillés sur le Sitgreaves Pass. La transmission automatique est recommandée. En descente, privilégiez les rapports inférieurs pour ménager vos freins.
Infos pratiques
Documentation

FAQ – Visiter Oatman
Oui, à condition de prendre la Route 66 historique depuis Kingman plutôt que l’I-40. L’itinéraire via Oatman et le Sitgreaves Pass est plus long d’environ 45 minutes, mais il offre l’un des plus beaux paysages de tout le trajet Las Vegas – LA, avec les lacets vertigineux des Black Mountains, les vues à 360° sur trois États depuis le col, et l’atmosphère unique d’Oatman en bas. Une halte de 2 heures, un déjeuner à l’Oatman Hotel et quelques photos avec les burros — c’est l’une des meilleures décisions que l’on puisse prendre sur ce trajet.
Oui, et c’est l’un des tronçons les plus authentiques qui subsiste. De 1926 à 1952, la Route 66 passait par Oatman et franchissait le Sitgreaves Pass dans les Black Mountains. Ce tracé a été déclassé en 1953 au profit d’un itinéraire plus rapide par Yucca, condamnant temporairement la ville. Aujourd’hui, ce segment de 42 miles entre Kingman et Topock est classé Route 66 Historic Back Country Byway par le Bureau of Land Management — l’un des derniers tronçons originaux pavés et accessibles en voiture. Les grands véhicules (camping-cars de plus de 40 pieds) doivent éviter le passage au-dessus du Sitgreaves Pass.
Pas tout à fait au sens strict. Oatman a bien été abandonnée dans les années 1960, après le détournement de la Route 66 en 1953. Mais elle a connu une seconde vie dans les années 1980 grâce au regain d’intérêt pour la Mother Road, et abrite aujourd’hui une centaine d’habitants permanents. Pas de bâtiments effondrés laissés à l’abandon ici — c’est un village western vivant, animé et touristique. Si vous cherchez une vraie ville fantôme figée dans le temps, Bodie en Californie est une tout autre expérience. Oatman, elle, se visite comme une étape Route 66 haute en couleurs.
Leurs ancêtres l’étaient. À la fermeture des mines, au début du XXe siècle, les prospecteurs ont abandonné leurs ânes de bât sur place. Retournés à l’état sauvage, ils se sont reproduits librement dans les Black Mountains. Aujourd’hui, ils sont protégés par une loi fédérale de 1971. Techniquement sauvages — personne n’en est propriétaire — ils sont en pratique parfaitement habitués à la présence humaine, presque apprivoisés, et déambulent librement sur Main Street en quête de carottes et d’herbes fraîches.
Oui, et c’est même fortement encouragé. Une poignée d’herbes fraîches ou une botte de carottes se vend environ 1$ dans les boutiques de Main Street. Seule restriction : il est interdit de nourrir les petits portant encore l’étiquette « STOP – Do not feed me anything » — ils sont encore allaités par leur mère et la nourriture étrangère pourrait leur nuire.
Probablement non — c’est l’une des légendes les mieux entretenues de la Route 66, mais les faits historiques la contredisent. Clark Gable et Carole Lombard se sont mariés le 29 mars 1939 à Kingman, en Arizona, lors d’une fuite organisée en secret pour échapper à la presse. Gable était alors en plein tournage d’Autant en Emporte le Vent — il avait obtenu une seule journée de congé. Le couple a pris la route immédiatement après la cérémonie et est rentré à Hollywood dans la nuit, arrivant à Bel Air vers 3h du matin, pour une conférence de presse organisée dès le lendemain matin. Une nuit à Oatman était matériellement impossible. Ce que les historiens confirment en revanche, c’est que Gable aimait sincèrement la ville et y revenait régulièrement jouer au poker avec les mineurs — ce lien authentique a probablement alimenté la légende.
Hébergements
La ville de Oatman ne propose aucun logement hôtelier et aucun camping.
Hôtels
Vous pourrez loger indifféremment (selon le sens de votre itinéraire) à Kingman (Arizona) ou Needles (Californie). Nous vous déconseillons Laughlin qui est la ville préférée des tours operators.
Camping
Kingman et Needles disposent tous deux d’un camping KOA. Si vous voyagez en camping-car, vous trouverez en outre une offre de RV parks assez large sur l’axe Laughlin/Needles, le long du fleuve Colorado.
Quelle est la meilleure période pour visiter Oatman ?
L’automne (octobre-novembre) et le printemps (mars-avril) sont les meilleures périodes : températures agréables (20-25°C), lumière superbe sur les Black Mountains, affluence modérée. L’été est à éviter — les températures dépassent régulièrement 35°C et le gunfight de 15h30 est souvent annulé pour cause de chaleur. L’hiver reste doux en journée (12-17°C) mais les nuits peuvent être fraîches. Si vous passez le 4 juillet, ne manquez pas l’Egg Frying Contest — l’un des événements les plus farfelus de tout l’Arizona.
| Mois | °C max | °C min | Pluie (mm) |
|---|---|---|---|
| Janvier | 12.2 | -0.6 | 31.2 |
| Février | 15 | 1.7 | 28.9 |
| Mars | 17.2 | 3.3 | 33.2 |
| Avril | 21.7 | 7.2 | 11.9 |
| Mai | 26.7 | 11.7 | 7.8 |
| Juin | 32.8 | 17.2 | 4.8 |
| Juillet | 35.6 | 20.6 | 24.9 |
| Août | 34.4 | 20 | 35.8 |
| Septembre | 31.1 | 16.1 | 16.7 |
| Octobre | 25 | 10 | 20.5 |
| Novembre | 17.2 | 3.3 | 18 |
| Décembre | 12.8 | 0 | 20.8 |

Histoire d’Oatman : Olive Oatman, l’or et la Route 66
Olive Oatman : la jeune fille au tatouage bleu qui a donné son nom à la ville
C’est en 1851 que commence l’histoire qui allait donner son nom à cette ville. Olive Oatman a 14 ans. Sa famille — des pionniers de l’Illinois membres d’une communauté religieuse menée par le pasteur James C. Brewster — chemine vers la Californie en chariot, sur un piste poussiéreuse de l’Arizona. Le 18 mars 1851, près de la rivière Gila, un groupe de guerriers Yavapais attaque la caravane. Presque tous les membres de la famille sont tués. Seules Olive et sa petite sœur Mary Ann, 7 ans, survivent. Elles sont emmenées comme captives.
Pendant près d’un an, les deux sœurs endurent une captivité rude chez les Yavapais. Leur sort bascule quand une tribu voisine, les Mohaves, entend parler d’elles et propose un échange : plusieurs chevaux et couvertures contre les deux filles blanches. L’affaire est conclue. Chez les Mohaves, tout change : Olive et Mary Ann sont accueillies par la famille du chef Espanesay, traitées avec bienveillance et intégrées à la communauté. Pour consacrer cette appartenance, elles reçoivent toutes deux le tatouage traditionnel Mohave — des lignes bleues verticales sur le menton — symbole religieux garantissant leur place dans l’au-delà selon la cosmologie de la tribu.
Ces années sont à la fois sereines et douloureuses. Une terrible sécheresse frappe la région. Mary Ann meurt de faim. Olive l’enterre elle-même, selon sa propre religion, dans un jardin de fleurs sauvages qu’elle a planté pour elle. En 1856, un messager arrive au village Mohave portant un ordre de Fort Yuma : une femme blanche doit être rendue aux autorités américaines. Olive apprend alors que son frère Lorenzo, qu’elle croyait mort depuis l’attaque de 1851, est vivant et la recherche depuis des années. Elle décide de partir — une décision dont elle dira plus tard qu’elle le regrettera.
Son retour fait l’effet d’une bombe. Le tatouage bleu sur son visage, impossible à dissimuler, fascine et scandalise l’Amérique victorienne. Un pasteur, Royal B. Stratton, publie dès 1857 un livre sur sa captivité qui se vend à 30 000 exemplaires — un best-seller pour l’époque. Olive participe à des tournées de conférences, raconte son histoire, nie toute sa vie les rumeurs de mariage ou d’enfants avec un Mohave. Elle meurt en 1903, à 65 ans, à Sherman au Texas. Douze ans après sa mort, en 1915, un prospecteur nommé Johnny Moss donnait le nom d’Oatman à sa concession minière dans les Black Mountains — en hommage à cette femme dont l’histoire avait traversé tout l’Ouest américain.

National Portrait Gallery, Smithsonian Institution, Washington, D.C.
L’émouvante histoire de Olive a vite fait de traverser la région. Quand en 1863, le prospecteur Johnny Moss découvre de l’or dans les Black Mountains et revendique deux concessions, il nomme la première The Moss (d’après son propre nom) et la seconde Oatman afin de rendre hommage à Olive. Olive ne sera libérée qu’en 1856.
Grâce à l’or, Oatman devient rapidement très prospère, la ville connaît une croissance fulgurante et abrite alors les plus grandes mines d’or de tout l’ouest américain ! En 1921, une terrible incendie ravage presque la totalité de la ville. Mais Oatman est économiquement forte et on reconstruit intégralement. A cette même époque, on commence à parler de la future Route 66 et de nombreux élus souhaitent que la route suive la voie ferrée dans la vallée. Mais Oatman a du poids et rapporte… beaucoup ! Le tracé passera donc par Oatman et le Sitgreaves Pass des Black Mountains.

En 1926, une nouvelle ère commence donc pour Oatman, celle de la Route 66 ! Durant la seconde guerre mondiale, le gouvernement américain impose en outre que l’on ferme les mines d’or car, pour l’effort de guerre, le pays a besoin d’autres métaux. Les mines de Oatman ferment donc en totalité. Mais, à contrario de bon nombre d’anciennes villes minières de l’Ouest, Oatman ne sera donc pas abandonnée et ne figurera pas à la longue liste des villes fantômes, et ce grâce à la Route 66.
Après la seconde guerre mondiale, les américaines ont besoin de renouveau, de loisirs… et les touristes en quête de soleil et de dépaysement affluent largement à Oatman. La région est belle, mais la Route 66 dangereuse… Le Sitgreaves Pass devient tristement célèbre et on n’y compte plus les accidents et les décès. La Route 66 est donc détournée en 1953. C’en est alors fini de Oatman qui, à l’aube des années 1960, sera cette fois totalement abandonnée.
Il faudra attendre le début des années 1980 et le regain pour la Route 66 pour que Oatman connaisse une seconde jeunesse et redevienne une destination touristique de choix.
En 1995, on rouvre même une mine d’or qui fermera seulement trois années plus tard suite à la chute du cours de l’or… jusqu’à ce que la mine soit à nouveau ouverte dans les années 2010, la crise étant passée par là !
Aujourd’hui, Oatman est bien vivante et abrite une centaine d’habitants permanents. Oatman est touristique et enjouée et il fait bon s’y balader au milieu des bâtisses western historiques… et des burros !
Oatman au cinéma : La Conquête de l’Ouest et la Route 66
Oatman a servi de décor à une poignée de films — tous des westerns ou des thrillers à saveur western, attirés par l’authenticité de Main Street et les paysages des Black Mountains. Deux d’entre eux méritent qu’on s’y attarde.
La Conquête de l’Ouest (1962) : John Ford, John Wayne et Jimmy Stewart sur Main Street
Tourné en 1962 dans le procédé Cinerama — trois caméras synchronisées pour une image panoramique enveloppante —, La Conquête de l’Ouest est l’un des westerns les plus ambitieux de l’histoire d’Hollywood. Réalisé à quatre mains par John Ford, Henry Hathaway et George Marshall, il réunit un casting vertigineux : James Stewart, John Wayne, Gregory Peck, Henry Fonda, Debbie Reynolds, Carroll Baker, Eli Wallach. Le film retrace sur plusieurs générations l’épopée de la conquête de l’Ouest américain.
Oatman y apparaît pour ce qu’elle est : une vraie ville de l’Ouest, avec ses planchers en bois, ses façades poussiéreuses et ses ruelles authentiques. The Glory Hole, la petite boutique encore visible sur Main Street, est l’une des adresses que les fans du film reconnaissent immédiatement. C’est l’un des rares lieux où le décor de tournage et le lieu réel sont aujourd’hui identiques — aucune reconstitution, aucun panneau « movie set ». Juste la ville, telle qu’elle était en 1962.
Edge of Eternity (1959) : Don Siegel tourne un polar noir dans les rues d’Oatman
Trois ans avant La Conquête de l’Ouest, un autre réalisateur avait posé ses caméras à Oatman : Don Siegel — celui-là même qui allait signer L’Inspecteur Harry en 1971 avec Clint Eastwood. Edge of Eternity est un thriller noir filmé en CinemaScope, avec Cornel Wilde dans le rôle d’un shérif-adjoint enquêtant sur trois meurtres dans une ville minière fantôme d’Arizona. Cette ville fantôme, c’est Oatman — les rues, les bâtisses, le tribunal de Kingman à quelques kilomètres. Le film se construit entre les ruelles d’Oatman et les abords du Grand Canyon, où la scène finale — un affrontement suspendu dans une nacelle de mine à plusieurs centaines de mètres au-dessus du canyon — reste l’une des plus spectaculaires du cinéma américain des années 1950.
Edge of Eternity est aujourd’hui un film de cinéphiles, peu connu du grand public mais régulièrement cité par les amateurs de westerns crépusculaires et de noir américain. Le voir avant ou après votre visite d’Oatman change le regard qu’on pose sur Main Street.
Oatman en road trip : les étapes avant et après
Route 66 — Oatman est l’une des étapes les plus authentiques du tronçon Arizona de la Mother Road. Depuis Kingman (50 km à l’est via le Sitgreaves Pass) ou depuis Needles, Californie (35 km à l’ouest), Oatman s’inscrit naturellement dans un itinéraire Route 66.
👉 Voir tous nos guides sur les villes fantômes de l’Ouest américain
- Photos : Isa, Isabel, Jérôme, Julien
2 Commentaires. En écrire un nouveau
Merci pour ces infos très détaillées ! Mais j’ai une autre histoire pour l’hôtel de Clark et Carol. Clark était en plein tournage de « Gone with the wind » (Autant en emporte le vent) et a fait l’aller retour à Kingman en 1 journée. Après la cérémonie il avait 420km a faire pour rejoindre les studios où il était présent le matin du 30 mars 1939, soit le lendemain du mariage. A cette époque les routes et les voitures n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. Donc il ne lui était guère possible de s’arrêter longuement à Oatman … Il a pu s’y arrêter le temps d’une pause, mais certainement pas d’y passer la nuit !
Bonjour Jean-Paul
En effet, tout le monde n’est pas d’accord sur cette histoire de nuit de noces à l’hôtel de Oatman, c’est souvent le cas dès qu’on touche à la vie des légendes glamours de l’âge d’or hollywoodien. Ce que l’Oatman Hotel avance serait en totale contradiction avec d’autres sources (des gens très sérieux ont enquêté sur cette bien mystérieuses affaire de la plus haute importance).
Ce qui est avéré, c’est que le couple s’est bel et bien marié à Oatman le 29 mars 1939 et a rencontré la presse le lendemain matin au domicile de Lombard à Los Angeles.
Autre point, en 1989, la chambre de commerce de l’Arizona a célébré les 50 ans de mariage du couple en publiant une carte postale erronée, la date n’était pas la bonne (18 mars 1939). Voilà pour les faits. Toutefois, l’Oatman Hotel n’en démord pas. Par conséquent, aujourd’hui, la légende édulcorée nettement plus romantique et appréciée du grand public semblerait avoir pris le dessus sur les faits… Comme John Ford le faisait dire au personnage de Maxwell Scott (interprété par Carleton Young) dans The Man Who Shot Liberty Valance : « This is the West, sir. When the legend become fact, print the legend. »
Toutefois, comme sur Sunset Bld nous n’avons pas l’habitude de colporter des sornettes, je vais de ce pas vous rassurer et mettre mon texte au conditionnel et ainsi donner tord à John Ford, j’espère qu’il ne m’en voudra pas trop.
Rappelons à toutes fins utiles que l’histoire de l’Ouest Américain est majoritairement construit sur des mensonges.
« And that’s the way it really happened.
Give or take a lie or two. »
Sunset, Blake Edwards (1988)