
À deux kilomètres de la Statue de la Liberté, au milieu de la baie de New York, Ellis Island est l’un des lieux les plus chargés d’histoire et d’émotion des États-Unis. Entre 1892 et 1954, plus de 12 millions d’immigrants venus d’Europe, d’Asie et du Moyen-Orient ont transité par cette île de 11 hectares avant de fouler pour la première fois le sol américain. Italiens, Irlandais, Polonais, Russes, Grecs, Juifs d’Europe de l’Est, Arméniens fuyant le génocide… tous ont franchi les portes de ce centre d’immigration qui fut, pendant plus de soixante ans, la principale porte d’entrée des États-Unis. Aujourd’hui, 100 millions d’Américains — soit près d’un tiers de la population — ont un ancêtre qui a transité par Ellis Island.
Rebaptisée Musée National de l’Immigration après sa fermeture en 1954 et sa réouverture en 1990, l’île accueille aujourd’hui des millions de visiteurs chaque année venus découvrir l’histoire fondatrice du melting pot américain — et parfois retrouver la trace d’un ancêtre dans les archives.
Ce guide couvre tout ce qu’il faut savoir pour préparer votre visite : accès en ferry, musée, Ellis Island Hospital, recherche généalogique et infos pratiques.
Comment se rendre à Ellis Island ?
Ellis Island n’est accessible qu’en ferry — il n’existe aucun autre moyen de rejoindre l’île. Les mêmes ferries desservent la Statue de la Liberté et Ellis Island : les deux sites sont systématiquement combinés au cours d’une même journée.
Les ferries partent de deux points d’embarquement :
- Battery Park (Manhattan) — c’est le point de départ le plus utilisé. L’embarcadère se trouve à Castle Clinton, un fort historique du début du XIXe siècle situé à l’extrémité sud de Manhattan, accessible à pied depuis le métro (lignes 4 et 5, station Bowling Green ; ligne 1, station South Ferry).
- Liberty State Park (New Jersey) — une alternative pratique si vous logez dans le New Jersey ou souhaitez éviter la foule de Battery Park.
Depuis Battery Park, les ferries font la navette dans cet ordre : Liberty Island (Statue de la Liberté) puis Ellis Island, avant de ramener les visiteurs à leur point de départ. Depuis le New Jersey, le sens de la visite est inversé : Ellis Island en premier, Liberty Island ensuite.
Le trajet en ferry depuis Liberty Island jusqu’à Ellis Island dure environ 5 minutes. Depuis Battery Park, comptez 20 à 25 minutes au total. Prévoyez du temps supplémentaire pour les contrôles de sécurité à Castle Clinton — en haute saison, comptez entre 30 minutes et 1 heure d’attente avant l’embarquement. Notre conseil : arrivez dès 8h00 pour prendre le premier ferry de la journée et profiter des deux îles avant l’afflux de visiteurs.

Combien de temps faut-il pour visiter Ellis Island ?
Comptez 2 à 3 heures pour visiter Ellis Island tranquillement — davantage si vous êtes passionné d’histoire de l’immigration ou si vous souhaitez effectuer des recherches généalogiques sur place.
Visite standard — le bâtiment principal avec la Grande Salle des Registres, les salles d’exposition permanente et le mur d’honneur extérieur. Prévoyez 2 heures minimum, audio-guide inclus.
Visite approfondie — si vous prenez le temps de visionner les films documentaires diffusés dans le musée, d’explorer l’ensemble des salles thématiques et de consulter les archives généalogiques en ligne depuis les bornes du musée. Comptez 3 heures.
Avec Ellis Island Hospital — la visite de l’hôpital en ruines, situé sur la partie sud de l’île, se fait uniquement via des tours guidés séparés d’une durée d’environ 1h30. Si vous souhaitez combiner les deux, prévoyez une demi-journée complète dédiée à Ellis Island.
Si vous enchaînez avec la Statue de la Liberté, comptez une journée complète pour les deux îles — Liberty Island nécessite entre 2 et 3 heures supplémentaires selon si vous accédez au piédestal ou à la couronne.
Que voir au Musée National de l’Immigration d’Ellis Island ?
Le Musée National de l’Immigration occupe le bâtiment principal d’Ellis Island, entièrement restauré et ouvert au public en 1990 après plusieurs décennies d’abandon. Sur trois niveaux, il retrace l’histoire de l’immigration aux États-Unis à travers une collection de plus de 30 000 objets, photographies, documents et témoignages d’époque. C’est l’un des musées les plus émouvants des États-Unis — et l’un des plus visités de New York.

La Grande Salle des Registres (Registry Room)
C’est le cœur battant d’Ellis Island et la salle la plus impressionnante du musée. La Registry Room — également appelée Grande Salle — est l’endroit où les immigrants fraîchement débarqués attendaient, debout, serrés les uns contre les autres, que les inspecteurs de l’immigration examinent leurs papiers et évaluent leur état de santé. À son apogée, dans les premières années du XXe siècle, la salle pouvait accueillir jusqu’à 5 000 personnes par jour.
Aujourd’hui restaurée, la salle frappe d’abord par ses dimensions : 56 mètres de long, 27 mètres de large, sous une voûte de carreaux de faïence ivoire conçue par l’architecte Rafael Guastavino — le même qui signa les voûtes de nombreux édifices new-yorkais emblématiques, dont la Grand Central Terminal. La lumière naturelle qui filtre par les hautes fenêtres, les rangées de bancs en bois et le silence qui y règne aujourd’hui contrastent avec le chaos et le bruit qui caractérisaient la salle à l’époque de son activité.


Des panneaux explicatifs, des photographies d’époque et des témoignages écrits reconstituent l’atmosphère et racontent ce que vivaient les immigrants dans cette salle — l’anxiété de l’inspection, la barrière de la langue, la peur d’être refoulé, et pour la grande majorité, le soulagement et l’espoir d’une vie nouvelle.
Les salles d’exposition permanente
Le musée s’étend sur trois niveaux et propose une dizaine de salles thématiques qui retracent l’histoire complète de l’immigration américaine, de ses origines à nos jours.
Au rez-de-chaussée, la salle « Peopling of America » retrace quatre siècles d’immigration aux États-Unis, depuis les premières colonies européennes jusqu’à l’immigration contemporaine. Cartes, statistiques, objets et témoignages illustrent les grandes vagues migratoires successives et leurs origines géographiques.
Au premier étage, autour de la Grande Salle des Registres, plusieurs salles reconstituent le processus d’immigration tel qu’il se déroulait à Ellis Island : l’arrivée des bateaux, l’inspection médicale (le redouté examen des six secondes au cours duquel les médecins observaient les immigrants à la démarche pour détecter d’éventuelles maladies), l’interrogatoire des inspecteurs, la salle de détention pour ceux dont le dossier était retenu. Une salle entière est consacrée aux objets personnels apportés par les immigrants dans leurs bagages — valises, vêtements, ustensiles de cuisine, instruments de musique, objets religieux — autant de témoignages poignants d’une vie laissée derrière soi.
Au deuxième étage, la salle « Treasures from Home » présente une collection d’objets offerts par des descendants d’immigrants, accompagnés de l’histoire de leur famille. C’est souvent la salle qui émeut le plus les visiteurs — en particulier ceux qui reconnaissent dans ces récits l’histoire de leurs propres ancêtres.
Le musée propose également un audio-guide en français, inclus dans le billet d’entrée, qui accompagne la visite salle par salle avec des témoignages et des explications contextuelles.
- Entrée gratuite, audio-guide inclus
- Site officiel du musée
Le mur d’honneur
À l’extérieur du bâtiment principal, face à la skyline de Manhattan, le American Immigrant Wall of Honor est le plus grand mur de noms au monde. Plus de 700 000 noms d’immigrants y sont gravés sur des panneaux d’acier inoxydable, inscrits par leurs descendants en hommage à leur parcours et à leur courage.

Le mur ne recense pas uniquement les immigrants passés par Ellis Island — il est ouvert à tous les immigrants ayant contribué à l’histoire des États-Unis, quelle que soit leur époque ou leur port d’entrée. Il est possible de faire inscrire le nom d’un ancêtre immigrant sur le mur via le site officiel, moyennant un don à la Statue of Liberty-Ellis Island Foundation.
Promenez-vous le long du mur en fin de visite, face à la baie de New York et à Manhattan en arrière-plan : c’est l’un des moments les plus contemplatifs et les plus forts de la journée.
Ellis Island Hospital
C’est la face méconnue et la plus fascinante d’Ellis Island. Sur la partie sud de l’île — créée artificiellement par remblaiement entre 1899 et 1934 — se trouve un vaste complexe hospitalier en ruines partiellement envahi par la végétation : l’Ellis Island Immigrant Hospital, le premier hôpital public américain financé par le gouvernement fédéral, ouvert en 1902.
À son apogée, le complexe comprenait 29 bâtiments — salles de soins généraux, pavillons pour les maladies contagieuses, morgue, salle d’opération, buanderie industrielle — capable de traiter jusqu’à 275 patients simultanément. C’est ici qu’étaient soignés les immigrants dont l’état de santé avait été jugé préoccupant lors de l’inspection à l’arrivée, et que se prenaient les décisions d’admission ou de renvoi dans le pays d’origine. Entre 1902 et 1954, plus de 1,2 million de patients y furent traités. Environ 3 500 personnes y moururent — dont une proportion significative d’enfants.
Fermé en 1954 en même temps que le centre d’immigration, le complexe hospitalier fut laissé à l’abandon pendant des décennies. Aujourd’hui partiellement stabilisé mais volontairement non restauré, il offre un spectacle saisissant : salles aux murs pelés, équipements médicaux d’époque encore en place, nature qui reprend ses droits à travers les fenêtres brisées.
La visite de l’hôpital ne se fait pas en accès libre — elle est proposée uniquement sous forme de tours guidés organisés par la Save Ellis Island Foundation, d’une durée d’environ 1h30. Les places sont limitées et la réservation en ligne est indispensable.
Rechercher un ancêtre passé par Ellis Island
C’est l’une des dimensions les plus personnelles et les plus émouvantes d’une visite à Ellis Island. Entre 1892 et 1954, chaque immigrant qui franchissait les portes du centre était enregistré par les inspecteurs : nom, prénom, âge, nationalité, profession, état de santé, destination aux États-Unis, nom et adresse d’un proche déjà installé sur le sol américain. Ces registres, minutieusement conservés, constituent aujourd’hui l’une des bases de données généalogiques les plus précieuses au monde.
Le moteur de recherche en ligne
Le site officiel de la Statue of Liberty-Ellis Island Foundation met à disposition un moteur de recherche gratuit permettant de retrouver la fiche d’enregistrement d’un ancêtre immigrant. La recherche s’effectue par nom de famille, prénom, année d’arrivée approximative et pays d’origine.
Les résultats affichent la fiche d’enregistrement originale numérisée — avec parfois la possibilité de consulter le manifeste du bateau sur lequel l’immigrant a traversé l’Atlantique, document qui précise le port de départ, la date d’arrivée et la liste complète des passagers. Une expérience souvent bouleversante pour ceux qui y retrouvent le nom d’un arrière-grand-père ou d’une arrière-grand-mère.
Quelques conseils pratiques pour votre recherche
Les archives d’Ellis Island comportent quelques particularités qu’il est utile de connaître avant de lancer une recherche.
Les noms modifiés à l’arrivée — contrairement à une idée reçue très répandue, les inspecteurs d’Ellis Island ne changeaient pas les noms des immigrants à leur arrivée. Les modifications de noms — anglicisation, simplification orthographique — étaient le plus souvent le fait des immigrants eux-mêmes, désireux de s’intégrer plus facilement, ou résultaient d’erreurs de transcription lors de l’enregistrement. Si vous ne trouvez pas un nom dans les archives, essayez des variantes orthographiques ou phonétiques.
Les archives antérieures à 1892 — Ellis Island n’a ouvert ses portes qu’en janvier 1892. Les immigrants arrivés avant cette date étaient enregistrés à Castle Garden (Fort Clinton), à Battery Park, qui fut le premier centre d’immigration officiel des États-Unis de 1855 à 1890. Ces archives sont consultables séparément.
Les archives entre 1897 et 1900 — un incendie dévastateur détruisit le bâtiment principal d’Ellis Island le 15 juin 1897, emportant avec lui la quasi-totalité des registres d’immigration depuis l’ouverture du centre en 1892. Les archives de cette période sont donc lacunaires.
Sur place, au musée
Le musée d’Ellis Island met à disposition des visiteurs des bornes informatiques permettant d’effectuer des recherches généalogiques directement sur place, avec l’aide de bénévoles formés pour accompagner les visiteurs dans leurs recherches. C’est une option particulièrement appréciée de ceux qui préfèrent être guidés dans leurs démarches ou qui n’ont pas eu le temps d’effectuer leurs recherches avant la visite.
Comment réserver sa visite d’Ellis Island ?
La visite d’Ellis Island est incluse dans tous les billets pour la Statue de la Liberté — il n’existe pas de billet dédié uniquement à Ellis Island. Pour visiter l’île, il convient donc de réserver un billet incluant la traversée en ferry depuis Battery Park, qui dessert successivement Liberty Island et Ellis Island.
La réservation en ligne est fortement recommandée, particulièrement en haute saison (avril à octobre). Les billets achetés sur le site officiel incluent tous la traversée en ferry aller-retour, l’accès aux grounds de Liberty Island, le musée de la Statue de la Liberté, le musée de l’immigration d’Ellis Island et un audio-guide en français.
| Prestation | Option 1 | Option 2 | Option 3 |
|---|---|---|---|
| A/R en ferry | |||
| Statue : accès grounds | |||
| Statue : accès piédestal | |||
| Statue : accès à la couronne | |||
| Musée Liberty Island | |||
| Musée de l'immigration Ellis Island | |||
| Audio-guide en français | |||
| Réserver | Réserver | Réserver |
Points importants avant de réserver :
- Le musée de l’immigration d’Ellis Island est gratuit et inclus dans toutes les formules, audio-guide compris.
- Si votre priorité est Ellis Island et que la Statue de la Liberté vous intéresse moins, l’Option 1 est la formule la plus adaptée — elle inclut la traversée en ferry et l’accès complet au musée d’Ellis Island au tarif le plus accessible.
- Si vous souhaitez également monter dans le piédestal ou la couronne de la Statue de la Liberté, optez pour les options 2 ou 3 — et réservez bien à l’avance, particulièrement pour la couronne (minimum 5 mois).
Réserver un tour guidé de l’Ellis Island Hospital
La visite de l’hôpital en ruines sur la partie sud de l’île se réserve séparément, directement auprès de la Save Ellis Island Foundation. Les tours guidés durent environ 1h30, les places sont limitées et la réservation en ligne est indispensable. Ces tours ne sont pas inclus dans les billets standard.
Infos pratiques
- Adresse du point d’embarquement : Castle Clinton, Battery Park, New York, NY 10004
- Horaires des ferries : tous les jours de 9h00 à 17h00 (horaires susceptibles de varier selon la saison — consultez le site officiel avant votre visite)
- Musée de l’immigration : ouvert tous les jours de 9h00 à 17h00, entrée gratuite, audio-guide en français inclus
- Ellis Island Hospital tours : disponibles certains jours de la semaine uniquement — consultez le calendrier sur le site de la Save Ellis Island Foundation avant de réserver
- Stationnement : aucun parking dédié à Battery Park. Privilégiez les transports en commun (métro lignes 4/5 station Bowling Green, ligne 1 station South Ferry) ou un taxi/Uber
- Accessibilité : le bâtiment principal du musée est accessible aux personnes à mobilité réduite. L’Ellis Island Hospital, en revanche, est un site en ruines partiellement stabilisé — la visite guidée implique de marcher sur des surfaces irrégulières et n’est pas adaptée aux personnes à mobilité réduite.
FAQ – Visiter Ellis Island
L’entrée du musée de l’immigration d’Ellis Island est entièrement gratuite, audio-guide en français inclus. En revanche, la traversée en ferry depuis Battery Park est payante — elle est incluse dans tous les billets officiels disponibles en ligne. La visite guidée de l’Ellis Island Hospital, proposée séparément par la Save Ellis Island Foundation, est également payante.
Non — il n’existe pas de billet dédié uniquement à Ellis Island. Les ferries desservent obligatoirement Liberty Island (Statue de la Liberté) avant Ellis Island depuis Battery Park. En pratique, les deux sites sont systématiquement combinés au cours d’une même journée. Si Ellis Island est votre priorité, optez pour l’Option 1 qui inclut la traversée en ferry et l’accès complet au musée au tarif le plus accessible, sans nécessiter de réservation pour le piédestal ou la couronne.
Ellis Island présente une curiosité géographique unique : l’île est à cheval sur deux États américains. La partie originelle de l’île — non artificielle — se trouve dans l’État de New York. Les trois quarts de la superficie actuelle, créés artificiellement par remblaiement entre 1899 et 1934, se trouvent quant à eux dans l’État du New Jersey. Cette situation fit l’objet d’un long contentieux juridique entre les deux États, tranché définitivement par la Cour Suprême des États-Unis en 1998 en faveur du New Jersey pour la partie artificielle.
Non — Ellis Island et son musée sont ouverts toute l’année, sauf le 25 décembre. En hiver, la fréquentation est nettement plus faible qu’en haute saison, ce qui en fait une période idéale pour visiter le musée dans une atmosphère plus sereine et sans file d’attente. Les conditions météorologiques peuvent en revanche affecter la traversée en ferry — renseignez-vous avant votre départ.
Histoire d’Ellis Island
Elle n’était au départ qu’un modeste îlot boueux de moins de 2 hectares, couvert d’huîtres et fréquenté par les pêcheurs de la baie de New York. En moins d’un siècle, Ellis Island est devenue le symbole le plus puissant de l’immigration américaine et le lieu de passage obligé de millions d’hommes, de femmes et d’enfants venus chercher une vie meilleure au Nouveau Monde.
De Little Oyster Island à la porte d’entrée de l’Amérique
L’île s’appelait à l’origine Little Oyster Island — l’île de la petite huître — en référence aux bancs d’huîtres qui recouvraient ses rivages et dont les habitants de Manhattan se régalaient. Au XVIIIe siècle, elle passe entre plusieurs mains avant d’être rachetée par un marchand new-yorkais du nom de Samuel Ellis, qui lui donne son nom définitif. À sa mort, Ellis tente de vendre l’île sans succès. Elle est finalement acquise par l’État de New York en 1808, puis cédée au gouvernement fédéral pour des raisons stratégiques : sa position à l’entrée du port de New York en fait un point défensif naturel contre d’éventuelles attaques maritimes.
Rebaptisée Fort Gibson, l’île accueille une garnison militaire et un arsenal pendant la première moitié du XIXe siècle. Elle sert notamment de dépôt de munitions pendant la guerre de 1812 contre les Britanniques. Pendant plusieurs décennies, elle reste une installation militaire discrète, loin des regards, à quelques encablures de la ville qui grandit à toute allure sur l’île de Manhattan.
Tout change dans la seconde moitié du XIXe siècle. L’immigration en provenance d’Europe explose : famine en Irlande, persécutions en Europe de l’Est, pauvreté en Italie du Sud, pogroms en Russie… Des centaines de milliers de personnes affluent chaque année vers les ports américains. Jusqu’en 1890, les immigrants qui arrivent à New York sont pris en charge à Castle Garden — l’actuel Fort Clinton, à Battery Park — un centre d’immigration géré par l’État de New York. Mais les installations sont rapidement débordées, les conditions d’accueil déplorables, et les scandales de corruption se multiplient. Sous la pression des habitants de Manhattan qui se plaignent de l’afflux massif de migrants dans leurs rues, le gouvernement fédéral décide de reprendre le contrôle de l’immigration et de construire un nouveau centre sur Ellis Island, loin du continent.
Les travaux commencent en 1890. Le premier bâtiment, en bois, est achevé rapidement. Ellis Island ouvre officiellement ses portes le 1er janvier 1892. Le tout premier immigrant à franchir ses portes ce jour-là est une jeune fille irlandaise de 15 ans originaire du comté de Cork : Annie Moore, accompagnée de ses deux frères cadets, rejoint ce jour-là son père déjà installé à New York. Une statue en bronze à son effigie se trouve aujourd’hui à l’entrée du musée.
Le premier bâtiment en bois est détruit par un incendie dévastateur le 15 juin 1897, emportant avec lui la quasi-totalité des registres d’immigration depuis l’ouverture du centre. Fort heureusement, aucune victime n’est à déplorer — le centre était fermé pour la nuit. La reconstruction, cette fois en brique et en calcaire, est confiée aux architectes new-yorkais Boring & Tilden. Le nouveau bâtiment, de style Renaissance française, ouvre ses portes le 17 décembre 1900 — c’est celui que les visiteurs découvrent aujourd’hui.
Les grandes dates
Les années 1900-1914 constituent l’âge d’or d’Ellis Island. Le centre tourne à plein régime : en 1907, année record, pas moins de 1 004 756 immigrants franchissent ses portes — soit plus de 11 000 personnes par jour au pic de l’activité. La Grande Salle des Registres résonne du brouhaha de dizaines de langues mélangées, les inspecteurs s’épuisent à traiter les dossiers, et les files d’attente s’étendent jusque sur les quais d’embarquement.
La Première Guerre mondiale marque un brutal coup d’arrêt. Les traversées transatlantiques se raréfient, les flux migratoires s’effondrent. Pendant la guerre, Ellis Island est réquisitionnée par l’armée américaine et sert de centre de détention pour les ressortissants des pays ennemis. Après l’armistice, les flux reprennent brièvement — avant d’être drastiquement limités par les lois sur les quotas d’immigration de 1921 puis de 1924, qui fixent des plafonds stricts par nationalité et marquent la fin de l’immigration de masse en provenance d’Europe du Sud et de l’Est.
Dans les années 1930 et 1940, Ellis Island change de vocation. Le centre d’immigration tourne au ralenti. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il sert à nouveau de centre de détention pour les ressortissants des pays de l’Axe — Allemands, Italiens, Japonais — résidant aux États-Unis. C’est également ici que transitent certains des 7 000 marins des pays alliés secourus en mer par la Marine américaine.
Le centre ferme définitivement ses portes le 12 novembre 1954. Le dernier immigrant à être traité à Ellis Island est un marin norvégien du nom d’Arne Peterssen. Après la fermeture, l’île est laissée à l’abandon pendant près de trente ans — les bâtiments se dégradent, la végétation envahit les cours intérieures, le mobilier et les équipements restent en place, figés dans le temps.
La restauration du bâtiment principal est entreprise à partir de 1984, en parallèle de la grande rénovation de la Statue de la Liberté. Financée en grande partie par des fonds privés collectés par la Statue of Liberty-Ellis Island Foundation, elle représente l’un des chantiers de restauration les plus importants de l’histoire des États-Unis — 160 millions de dollars au total. Le musée national de l’immigration ouvre ses portes le 10 septembre 1990, en présence du président George H. W. Bush.
Depuis son ouverture, le musée a accueilli des dizaines de millions de visiteurs. En 1998, la Cour Suprême des États-Unis tranche définitivement le contentieux territorial entre New York et le New Jersey : la partie originelle de l’île appartient à l’État de New York, la partie artificielle — soit les trois quarts de la superficie totale — à l’État du New Jersey. Ellis Island reste à ce jour le seul site aux États-Unis à être officiellement partagé entre deux États.
Ellis Island : avec quoi la combiner ?
Statue de la Liberté — Ellis Island et la Statue de la Liberté sont desservies par les mêmes ferries et incluses dans les mêmes billets : les deux sites se combinent naturellement au cours d’une même journée. Liberty Island est la première étape depuis Battery Park — comptez 2 à 3 heures sur place selon si vous accédez au piédestal ou à la couronne, avant de rejoindre Ellis Island en ferry pour 5 minutes de traversée supplémentaires.
Manhattan — Battery Park, point de départ des ferries, se trouve à l’extrémité sud de Manhattan. À deux pas : le One World Trade Center et son observatoire, qui offre depuis le 102e étage une vue plongeante sur les deux îles et la baie de New York — un angle complémentaire et saisissant après une journée passée sur l’eau. Le quartier financier, Wall Street et le Brooklyn Bridge sont également à distance de marche.
New York — Ellis Island s’inscrit naturellement dans un séjour à New York. La ville mérite à elle seule plusieurs jours de visite : Central Park, Times Square, Brooklyn, Harlem, les musées… Prévoyez au minimum 4 à 5 jours pour combiner les incontournables et sortir des sentiers battus.
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- Photos : Arnaud, Glee13, Guy, Isa, Johanna, Joël, Olivia, Olivier, Pascale, Perrine, Pierre, Sandrine, Thomas, Vanessa
